Un café « et plein d’autres belles choses » : les vendredis d’Anne-Laure au centre de Carentoir
Au centre itinérant de Carentoir (56), les amitiés se nouent autour de l’aide alimentaire. Dans un contexte où plus d’un quart des personnes acceuillie affirme « n’avoir absolument personne sur qui compter », bavarder simplement et prendre des nouvelles les uns des autres, c’est aussi recommencer à espérer.
« Ce jour-là, je me lève et je suis contente. Je sais que je vais avoir mon petit café, voir des gens que je connais, discuter, prendre des nouvelles des uns et des autres… » Anne-Laure, la petite trentaine, ne raterait les rendez-vous du vendredi matin à Carentoir pour rien au monde. Elle y débarque, rayonnante et les bénévoles l’accueillent toujours avec le sourire. Sa complicité avec Didier – responsable bénévole du centre itinérant – dit tout de ce lieu Restos : un refuge où l’on est reconnu, considéré et où l’on existe. Anne-Laure s’y sent comme chez elle.
Sa première fois n’allait pourtant pas de soi. Comme beaucoup, elle s’est heurtée au mur invisible de la honte. « On se dit souvent que ce n’est pas notre place » confie-t-elle. Anne-Laure est bien placée pour le savoir : « quand on n’y est pas, on ne peut pas savoir et lorsque [les coups durs] vous arrive[nt], ce n’est pas la même chose ». Alors elle enjoint les personnes en difficulté qu’elle croise à franchir la porte des Restos, afin d’y trouver la chaleur humaine et le réconfort qui y sont à la clef.
Plus d’un accueilli sur quatre déclare n’avoir personne sur qui compter
Au coin café du vendredi matin, à Carentoir, on ne parle pas « d’accidents de vie » mais de parcours ou de routes semées d’obstacles. On s’y pose et on souffle. « Et ta fille, ça va comment ? », demande-t-on à Jean, qui sirote un thé au lait à la table d’à côté. Ailleurs, on s’inquiète de ce qu’un certain Fabrice, habitué des vendredis, ne s’y est pas montré depuis deux semaines. « Est-ce que quelqu’un a des nouvelles? » Non loin d’Évelyne et de son mari, retraités pour lesquels Carentoir représente souvent l’unique sortie de la semaine, Aurore, la vingtaine, plonge son nez dans sa doudoune. Elle est accueillie aux Restos depuis trois mois : « Je suis toute seule depuis le décès de ma mère. Heureusement que les Restos étaient là »,
Une récente étude menée par l’Observatoire des Restos sur les personnes accueillies dans les centres révèle qu’à l’isolement social s’ajoute une santé mentale dégradée et la disparition des loisirs… Un tiers des personnes accueillies par l’association disent se sentir seules souvent, voire presque tous les jours. Cette solitude touche les personnes seules comme les familles. Plus d’une personne sur deux (53%) déclare ne pas parvenir à profiter de ses proches, et plus d’un quart (27%) affirme n’avoir absolument personne sur qui compter.
Alors à Carentoir comme dans les 2300 centres Restos, on a conscience que face à cet état de fait, un repas ne suffit pas. On se nourrit aussi de liens, de mots, de normalité, et comme le dit Anne-Laure, de « plein d’autres belles choses ».